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14 Nov

Après les feux de forêts dévastateurs, la sécheresse guette le Portugal

-Par Hasnaa ELAKKANI-

Lisbonne – Depuis le début de ce mois de novembre, une vingtaine de camions-citernes acheminent quotidiennement de l’eau potable à quatre communes du district de Viseu (centre du Portugal) pour alimenter les réservoirs à sec qui n’arrivent plus à répondre aux besoins de la population locale.

Il s’agit de « la plus grande opération du genre jamais organisée au Portugal, en raison de la sécheresse », a déclaré le maire du district, Almeida Henriques, ajoutant que « si nous devons utiliser ce système pendant le reste du mois de novembre, nous allons frôler le demi-million d’euros » de budget.

Bien d’autres régions se trouvent dans la même situation, faisant face à une sécheresse sévère qui affecte jusqu’à ici plus de 80 pc du territoire portugais.

Les quantités d’eau stockées ont baissé en effet dans tous les bassins hydrographiques du pays à fin septembre, confirme le Système national d’information sur les ressources hydriques.

Quelque 150 tonnes de poissons ont dû être retirées de quatre lacs de la région de l’Alentejo (sud) en août dernier, à cause de la sécheresse et afin de préserver la qualité de l’eau dont le niveau avait considérablement baissé.

La faiblesse des précipitations vient ainsi exacerber les maux des Portugais, traumatisés encore par les violents incendies qui ont ravagé le pays en juin et en octobre derniers tuant plus d’une centaine de personnes et réduisant en cendres quelque 440.000 hectares de forêts. Deux phénomènes-catastrophes  qui se succèdent mettant en danger l’Homme et la nature. Le changement climatique y est-il pour quelque chose ?

Plusieurs spécialistes ont affirmé que les gigantesques feux qui ont dévoré la forêt portugaise ont été attisés par la sécheresse et les températures trop élevées pour la saison.  Le mois d’octobre a été le plus sec des 87 dernières années, avec une température de trois degrés au-dessus de la moyenne, selon l’Institut portugais de la météorologie (IPMA), lequel organisme qui ne prévoit toujours pas de pluies sur les deux prochaines semaines.

Pour l’expert en changement climatique, Filipe Duarte Santos, les vagues de sécheresse sont devenues elles aussi plus fréquentes et prolongées dans le temps au Portugal, suite à la baisse des précipitations annuelles moyennes, qui affecte principalement le sud du pays.

En comparant les mêmes périodes sur une durée de 30 ans (depuis 1960), l’expert constate que les précipitations moyennes annuelles ont diminué dans la péninsule ibérique et dans d’autres régions de la Méditerranée.

« Dans le cas du Portugal, la biasse est de l’ordre de 40 millimètres par décennie et c’est un recul significatif, soit 200 millimètres de pluies en un demi-siècle, environ 20 centimètres d’eau », a déclaré le spécialiste cité par des médias locaux.

Face à cette situation qui risque d’entrainer des effets dramatiques sur le plan social et économique, le gouvernement portugais a lancé une vaste campagne de sensibilisation, appelant les citoyens à une consommation rationnelle de l’eau.

Les conseils municipaux ont d’ores et déjà commencé à rationner l’eau destinée au nettoyage des rues et à la culture des plantes.

Le secteur agricole, le plus gros consommateur d’eau, se prépare déjà à faire face aux conséquences dramatiques de la sécheresse, sachant que les paiements d’aide de l’UE aux agriculteurs affectés par la pénurie des précipitations, ont été versés par anticipation au 16 octobre, à hauteur de 400 millions d’euros.

« Pour réagir au changement climatique, il est nécessaire, pour le Portugal et le reste du monde, de dépendre beaucoup moins des combustibles fossiles car leur combustion est un facteur majeur de ces changements, et investir dans les énergies renouvelables, qui ont un coût initial, mais qui est compensé par la suite », conclut le professeur Duarte Santos.(MAP)

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