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La BERD
06 Oct

Finance verte et relance économique: Trois questions à Kamal Zine

Casablanca – Kamal Zine, consultant en banque et assurance à Paris, a accordé une interview à la MAP dans laquelle il décortique les perspectives de la finance verte au Maroc et sa place dans la relance économique Post-covid.

1. Le Maroc ambitionne de se positionner en pole position dans le domaine de la finance verte. Où en est-on réellement? Est-ce possible de nous dresser un état des lieux?

Le Maroc s’est engagé depuis plusieurs années dans la voie du développement durable. La COP 22, organisée à Marrakech en 2016, et l’objectif du Royaume d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 en témoignent.

Un des exemples qui illustrent clairement l’implication du Maroc dans ce sens est la multitude de projets entrepris dans le secteur des énergies renouvelables, qui devraient produire plus de 50% de l’électricité du pays d’ici 2030. Le financement de ces projets a été fait en partie grâce à l’émission de « green bonds » par exemple.

Les banques marocaines ont également eu recours à la finance verte à travers des emprunts contractés auprès d’organismes de financement européens et internationaux. Ceci a permis de financer également des PME et TPE pour mettre en place ou renforcer leur stratégie d’efficacité énergétique et de les accompagner dans leur insertion dans l’économie locale et régionale.

2. Quelles sont les perspectives de la finance verte au Maroc, surtout dans le contexte actuel marqué par la crise du Covid-19?

Pour la finance verte au Maroc, la crise du Covid-19 constitue un catalyseur d’une tendance déjà amorcée depuis plusieurs années. Cette accélération pourrait s’articuler autour de 2 axes :

– L’épargne : on peut s’attendre à ce que l’épargne captée par la finance verte augmente car les impacts écologiques et socio-économiques orienteront de plus en plus les choix de placement. Cette augmentation reste conditionnée par la mise en place de produits d’épargne adaptés par les banques ainsi que des incitations fiscales pour stimuler la demande au niveau des marchés des capitaux et du capital investissement, notamment pour les PME et TPE.

– Le rapport risque, rendement et engagement responsable : avec la baisse des rendements des placements financiers classiques et l’intérêt croissant pour l’économie durable et inclusive, la finance verte pourrait constituer une alternative pour les investisseurs en quête de nouvelles sources de rendement.

L’appétit des investisseurs pour les produits et placements financiers qui s’inscrivent dans la cadre de la finance verte pourrait pousser les entreprises marocaines à s’ouvrir davantage sur des montages ou produits financiers jusqu’ici pas ou peu utilisés tels que la titrisation, les social et sustainability bonds.

3. Quelle sera la place de la finance verte dans la relance économique post-Covid?

La crise du Covid-19 a remis en question les modes de production et de consommation. Aujourd’hui, l’objectif des principaux partenaires économiques du Maroc, notamment l’Union Européenne (UE), est de s’orienter vers la croissance verte. Le plan de relance économique européen de 750 milliards d’euros a bien mis l’accent sur l’importance de la création de « richesses vertes » pour rembourser les emprunts contractés par ses Etats membres.

La présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE), Christine Lagarde, a fait savoir que la priorité sera donnée au financement des projets de développement durable, qui s’inscrivent dans une logique de réduction de l’empreinte carbone et du respect de la biodiversité.

L’économie marocaine est donc appelée à s’insérer dans les nouvelles chaînes d’approvisionnement dont la production écologique et responsable sera un vecteur cardinal. Ceci sera également un atout de compétitivité pour surmonter certaines barrières commerciales potentielles telles que la taxe carbone.

Enfin, la finance verte peut jouer un rôle important dans le renforcement des capitaux propres des entreprises marocaines, qui souffrent d’une sous-capitalisation aiguë, à travers la prise de participation dans les PME/TPE répondant aux exigences écologiques. Par conséquent, l’insertion dans l’économie verte de demain aura des retombées positives en termes de compétitivité et de création d’emploi pour le Maroc.

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