LeadersMalika Belkouadssi, une des ingénieures pionnières de l’ONEE

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Malika Belkouadssi, une des ingénieures pionnières de l'ONEE,
05 Mar

Malika Belkouadssi, une des ingénieures pionnières de l’ONEE

Marrakech – Malika Belkouadssi, une femme leader qui a marqué de son empreinte un secteur jadis réservé à la gent masculine, figure parmi les quatre premières femmes ingénieures ayant intégré l’Office national d’électricité et de l’eau potable (ONEE).

Cette lauréate de l’Ecole Hassania des Travaux publiques de Casablanca (EHTP), qui traîne derrière elle une longue expérience dans différents services centraux de l’ONEE, allant des études de projets, à la planification et programmation, aux travaux et enfin à la coopération, a été nommée en juillet 2003 directrice régionale de l’ONEE (secteur de l’eau) dans sa ville natale Marrakech, une première dans l’histoire de cet établissement public.

Elle se rappelle que déjà au lycée, sa promotion de la filière des Sciences mathématiques était composée en majorité par des garçons (5 filles et 20 garçons) et à l’EHTP, elle était la seule étudiante dans une classe de 54 étudiants.

« J’ai opté pour des études d’Ingénierie électrique, une filière jadis monopolisée par les hommes et qui n’était pas beaucoup choisie par les filles », a-t-elle confié à la MAP.

Après la fin de ses études, elle a rejoint l’ONEE en juillet 1979, une année, qui restera gravée dans sa mémoire car elle marque l’entrée de la première promotion de femmes ingénieures à l’ONEE.

Elle se rappelle que ce n’était pas facile pour les femmes d’accéder à un milieu purement technique, exigeant des femmes beaucoup de sacrifices : sortir en missions, partir en voyage bref faire le travail d’un ingénieur sur le terrain.

Mme Belkouadssi est l’une des femmes, soucieuses d’améliorer en permanence ses compétences professionnelles, ce qui l’a incité à effectuer plusieurs « formations en cours de carrière ».

Ainsi, en 1994, elle décroche un diplôme d’énergéticienne délivré par l’EHTP, l’Ecole nationale de l’industrie et des mines de Rabat (ENIM) et l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL-Suisse) dans le cadre d’un partenariat entre les 3 grandes écoles.

En 1997, elle part pour les Etats-Unis dans le cadre du prestigieux programme Hubert H. Humphrey Fellowship pour une année de formation approfondie dans la gestion des ressources en eau et gestion de l’environnement, où elle obtient un Certificat Postgrade délivré par l’Université de Washington-Seattle.

Elle a aussi bénéficié durant son année de formation, de stages spécialisés en environnement à l’Université de Californie Los Angeles (UCLA) et d’un stage à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international sur le financement des projets.

Après sa nomination en 2003 en qualité de directrice régionale de l’ONEP dans la région de Marrakech-Safi, elle conforte sa formation par un Master en business administration qu’elle obtint fin 2005 de l’Ecole des Ponts et Chaussées de Paris (ENPC).

Durant ses 15 ans et demi à la tête de l’Office dans la région de Marrakech-Safi, Malika Belkouadssi a œuvré à la concrétisation d’importants projets d’alimentation en eau potable dans les villes et centres gérés par la Direction régionale, ainsi que la généralisation de cette alimentation dans les zones rurales.

Elle a aussi œuvré à l’accréditation du Laboratoire régional de contrôle de la qualité de l’eau ISO 17025 et à la certification de la station de traitement de Marrakech ISO 22000.

Dans sa fonction de directrice régionale, elle précise avoir réussi à relever plusieurs défis notamment dans les moments de sécheresse où la ressource en eau se fait rare et où il faut assurer l’approvisionnement de l’eau potable du monde rural et des autres villes de la région, se réjouissant que la sécheresse ne se soit pas faite sentir dans la région de Marrakech-Safi et notamment dans une ville touristique au rayonnement mondial comme Marrakech où il faut assurer la continuité de l’approvisionnement en eau.

Mais, il n’y avait pas que la sécheresse, il y avait aussi les inondations comme celles ayant frappé la ville d’Imintanout qui ont été pour elle « un cas d’école ».

« Pour la sécheresse on sait son impact mais les inondations nous ont poussés à réfléchir sur les moyens à même de protéger les populations et les ouvrages », a-t-elle fait savoir.

Selon elle, le premier défi consiste en l’augmentation de l’accès à l’eau potable.

A ce titre, elle a fait remarquer que ce taux ne dépassait pas en 2003 les 60 % dans la région de Marrakech et 36 % dans les provinces d’Essaouira et Safi.

« Aujourd’hui nous sommes à 90 % dans la région de Marrakech », s’est-elle réjouie.

« C’est pour dire que l’ONEE (secteur eau) a accompli de grandes réalisations. En 15 ans, nous avons doublé la capacité de production de la station de Marrakech, qui est actuellement de 3.300 litres par seconde », a-t-elle relevé.

Actuellement, elle supervise un très grand projet, qui est en cours de réalisation. Il s’agit du projet de l’alimentation en eau potable de la préfecture de Marrakech à partir du barrage Al Massira pour un coût global de 2,2 milliards de DH, lequel projet permettra à la préfecture de Marrakech de doubler la capacité de production, et de s’approvisionner en eau potable au-delà de 2030.

« L’alimentation en eau des villes et du monde rural est un défi qui n’est jamais fini car le nombre d’habitants ne cesse d’augmenter et le phénomène de la sécheresse est très récurrent dans la région », a-t-elle insisté.

Concernant les clés de sa réussite professionnelle, elle confie qu’il n’y a pas de secret : « tout d’abord la persévérance, aimer ce qu’on fait car si on n’aime pas ce qu’on fait, on ne va pas réussir, travailler avec abnégation et en toute honnêteté et dire que je fais quelque chose pour la communauté et non pas parce que j’ai un salaire en fin de mois ». Elle n’a pas manqué de signaler qu’il faut aussi s’entourer de gens qui vous aident.

« Il ne faut pas se leurrer, un responsable ne peut jamais réussir s’il n’est pas entouré de personnes sur qui il peut compter et qui croient en vous et en votre projet », a-t-elle noté à ce sujet, expliquant que « c’est le travail d’équipe qui paie à la fin ».

En plus, la priorité doit être donnée au travail : quand on vient au travail, il faut travailler avec cœur et donner le maximum de soi, a-t-elle précisé.

Abordant la question de sa décoration par un Wissam Royal de grade exceptionnel, elle explique que c’est une fierté pour elle et une consécration qui vient couronner plus de 39 ans de travail et de persévérance.

Selon elle, le 08 mars est un moment d’évaluation des acquis et des réalisations afin d’améliorer la situation des femmes appartenant à toutes les couches sociales car la femme est sous-payée, notamment dans le secteur privé, en comparaison avec les Hommes.

Dans ce cadre, Malika Belkouadssi a appelé à mettre en lumière les actions des femmes travaillant dans le public car on pense toujours aux femmes qui ont réussi dans le privé mais on oublie les femmes fonctionnaires du secteur public, notant que la région de Marrakech est parmi les régions où les femmes ont eu la chance d’être choisies dans des postes de responsabilité : chefs de services extérieurs et élus entre autres.

Pour faciliter l’accès des femmes aux postes de décisions, elle a plaidé pour la mise en œuvre et l’activation des lois, se réjouissant que les écoles d’ingénierie du Maroc réalisent aujourd’hui la parité totale.

Et de faire remarquer que l’ONEE a ouvert la porte devant les femmes pour accéder aux postes de responsabilité : chefs de division et directrices.

Dans se sens, elle a appelé à mettre en valeur et jeter la lumière davantage sur la Journée nationale de la femme (10 octobre de chaque année) afin de rendre à la femme l’hommage qu’elle mérite qu’elle soit femme au foyer, fonctionnaire, élue ou femme rurale.

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