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04 Oct

L’Ile de Mogador, un site écologique gorgé d’histoire, symbolisant la richesse et l’authenticité de la ville d’Essaouira

Samir Lotfy

Essaouira – Dressée majestueusement au large de la ville d’Essaouira, comme véritable témoin de la richesse historique et civilisationnelle de cette cité impériale du Maroc Atlantique, l’Ile de Mogador dite aussi « la Grande Dzira : Grande île »’ dans le langage courant des Souiris, se veut aussi un site écologique d’une importance incommensurable.

Formant avec une seconde ile baptisée « Ile de Pharaon » d’une superficie de 400 m2, et d’autres minuscules îlots (Sept au total), l’Archipel d’Essaouira, l’Ile de Mogador (près de 22,7 ha), en apparence très lointaine, se situe à 1 km environ du port historique de la cité des Alizés, avec tout ce qu’elle offre en termes de beauté exceptionnelle et de splendeur, notamment avec ses fortifications ancestrales munies de canons.

Gorgée d’histoire, l’île de fortification comprend des vestiges d’une valeur si précieuse, notamment avec deux citadelles, avec dans chaque coin, des échauguettes et un paysage investi de baliveaux et des nids de mouettes et de goélands entre autres.

La richesse historique des Iles Purpuraires (du latin purpura, nom de la couleur pourpre) n’est plus à démontrer, si on doit noter qu’en 1950, des monnaies faites d’argent et de bronze datant de l’An 18 et 19 avant J.-C., ainsi que des tessons de vase d’Arezzo d’écriture Mogadorienne (d’il y a 3000 ans), étaient découverts, formant les plus vieux textes et les plus vieilles archives de l’histoire du Maroc.

C’est ainsi, qu’il est déjà aisé, aujourd’hui, de découvrir et d’apprécier ces merveilles inédites attestant de la présence phénicienne sur l’île, au musée archéologique de Rabat.

Les nombreuses et grandes traces archéologiques constatées, parfois, à œil nu dans différents coins de ce grand écueil, attestent incontestablement du passage successif et de la présence sur place, des Grecs, Chypriotes, Phéniciens, Carthaginois, et surtout des Berbères et Romains qui tous, avaient attesté un intérêt stratégique du lieu, faisant de l’Ile de Mogador, le premier poste avancé commercial de la cité.

Autre composante architectural de l’Ile de Mogador, n’est autre qu’une prison désaffectée qui porte le même nom (Prison de Mogador) et qui datait de la fin du 19è siècle et fut édifiée sous le règne du Sultan Moulay Abdelaziz. Avec une enceinte rectangulaire à ciel ouvert, cet ancien espace d’incarcération de 150 m, dispose d’un seul accès et compte cinq portes de tailles différentes qui s’enchainent une après l’autre, de la plus grande vers la plus petite comme pour se prémunir, à l’époque, contre une éventuelle évasion.

Sur l’Ile de Mogador à l’extrême gauche, on constate, à œil nu, depuis la corniche d’Essaouira, une mosquée flanquée de son minaret, ce qui témoigne que l’Ile de Mogador est restée, au fil des siècles, un espace vivant et en évolution permanente avec le temps.

Pour nombre d’historiens et de chercheurs avertis, l’Ile de Mogador ou plutôt l’Archipel d’Essaouira, a beaucoup contribué à l’évolution de la population locale, encourageant sa tournée vers l’océan pour l’approprier, s’adonner pleinement à la fabrication de baraques, et à l’apprentissage des techniques de séchage de poisson.

En outre, à la fin du 1er siècle avant J.-C., Juba II (roi de Maurétanie), de nombreuses teintureries se développèrent pour produire alors la couleur pourpre, chère aux Romains, à partir d’un coquillage local du nom du Murex. Tout cela a conféré à l’Archipel toute sa richesse historique et lui a valu d’être classé « Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO depuis 2001 ».

Sur le plan écologique, l’importance des îles formant l’Archipel de Mogador est fort remarquable. Il s’agit d’une sorte de « rempart » naturellement installé pour protéger la Baie et la plage d’Essaouira, contre les rouleaux de l’Atlantique.

Mieux encore, l’Ile de Mogador s’est érigée, actuellement, en réserve biologique et ornithologique parmi les plus prisées, accueillant paisiblement une variété d’oiseaux comme les mouettes, les goélands cendrés, les grands cormorans marocains, le martinet pâle, les pigeons bisets, ou les fauvettes mais aussi, des espèces de plus en plus rares comme les faucons d’Eléonore qui s’y installent pour se reproduire entre avril et octobre, avant d’entamer leur migration vers le Madagascar.

Cet archipel qui se veut aussi, un site d’escale pour les oiseaux migrateurs durant leurs deux voyages de l’année (automne, printemps), compte aussi certaines espèces de reptiles, ainsi que des lièvres sauvages, qui prennent la possession des lieux, instituant ainsi le cycle naturel de ce que doit être « la vie sauvage », note M. Rguibi Idrissi Hamid, professeur à la faculté de Science, relevant de l’université Mohammed V à Rabat.

Toutefois, l’ile de Mogador abrite une population nicheuse d’une espèce emblématique et protégée sur le plan international à savoir le Faucon d’Eléonore (Falco eleonorae), avec une estimation de 1.500 couples, explique-t-il à la MAP, faisant savoir que ce visiteur d’été tardif commence sa niché à partir du mois de juillet avec l’arrivée des petits oiseaux migrateurs (passereaux) qui constituent sa source de nourriture.

Face à la richesse écologique et à l’intérêt grandissant pour la biodiversité, cet espace est classé « Réserve de chasse » (arrêté ministériel de 1962 modifié en 1979). Il s’agit aussi d’un Site d’Intérêt Biologique et Ecologique (SIBE) retenu en 1996 dans le cadre du Plan Directeur des Aires Protégées du Maroc et site RAMSAR en 2005, a rappelé M. Rguibi Idrissi.

Pour ce chercheur au sein également de plusieurs instituts d’Ornithologie notamment, en Espagne, France et en Allemagne, l’archipel d’Essaouira se veut donc, un milieu insulaire sur le littoral atlantique marocain, et présente une biodiversité faunistique et floristique remarquable.

« Le couvert végétal est très varié et riche, parfois avec des espèces présentant des valeurs patrimoniales, telles que « Limonium mucronatum », « Salsola verticillata » et « Frankenia laevis subsp. Velutina » qui sont des endémiques strictement marocaines, outre des endémiques des Canaries, et de la Mauritanie entre autres.

Et de poursuivre que la mise en protection de l’archipel d’Essaouira comme Site d’Intérêt Biologique et Ecologique (SIBE), et sa fermeture au public, a favorisé la biodiversité de l’île, relevant que le mode de gestion du site permet la conservation de ses habitats et sa biodiversité et leur restauration.

Actuellement, le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification (HCEFLCD) est en phase de renforcer davantage la dynamique de gestion conservatoire déjà mise en place sur l’archipel, en accordant à ce site « un statut de protection légal », en application de la nouvelle loi sur les aires protégées, a fait observer M. Rguibi.

En définitif, l’Archipel de Mogador vient s’ajouter à une liste exhaustive de sites alliant à la fois richesse écologique et portée patrimoniale, pour fournir une belle image de l’authenticité d’un Maroc fier de sa diversité, de sa civilisation millénaire et de son identité singulière.

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