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16 Jan

Les oasis de Drâa-Tafilalet jouent un rôle central sur les plans écologique et économique

-Propos recueillis par Jamal Eddine Benlarbi-.

Errachidia – Les oasis marocaines, en particulier celles de la région Drâa-Tafilalet, jouent aujourd’hui un rôle central sur les plans écologique et socio-économique ainsi qu’en matière de gestion du territoire, a souligné le professeur d’histoire contemporaine à la Faculté des Lettres et des Sciences humaines relevant de l’Université Mohammed V de Rabat, Abdelaziz Tahiri.

Dans un entretien à la MAP, M. Tahiri a indiqué qu’à la faveur de leurs spécificités, de leurs atouts écologiques et de leur emplacement géographique dans les régions sahariennes, les espaces oasiens, qui occupent une superficie importante du territoire national, notamment dans la région de Drâa-Tafilalet, ont joué un rôle historique fondamental.

M. Tahiri, également lauréat du Prix du Maroc du Livre en 2017 dans la catégorie des sciences humaines pour son ouvrage « l’Histoire et la mémoire », a ajouté que les oasis ont constitué, du point de vue historique, des passerelles entre le Maroc et l’Afrique, notamment sur les plans commercial, religieux et politique et ont fortement influé sur les formes d’organisation sociale, politique et économique tribale et leur gestion territoriale.

Il a aussi insisté que les oasis se caractérisent par la richesse de leur patrimoine matériel et immatériel, dont les constructions en terre crue, les arts, le folklore et les danses locaux, les habits et la diversité linguistique.

M. Tahiri a relevé que les oasis sont marqués par la dominance des constructions en terre crue, connues pour la simplicité des outils utilisés, leur faible coût de réalisation, leur solidité et leurs caractéristiques écologiques, à même de s’adapter aux changements des conditions météorologiques, ce qui a permis à certains monuments et bâtisses d’être classés patrimoine mondial par l’UNESCO comme Ksar Aït Ben Haddou en 1987.

Il a rappelé les problèmes d’ordre écologique auxquels font face les oasis, en particulier à cause des phénomènes de la sécheresse et de la désertification, ce qui, a-t-il averti, accentue la pénurie des ressources hydriques et la réduction des espaces cultivés, précisant que l’économie oasienne souffre du mode conventionnel des systèmes économiques locaux, qui engendre plus de pauvreté et, par conséquent, amplifie l’exode rural des habitants des oasis vers les villes et les plaines.

M. Tahiri a estimé que les oasis, notamment dans la région de Drâa-Tafilalet, ont constitué un espace de sédentarisation de l’Homme dans les régions sahariennes qui souffrent de la superficie réduite des zones agricoles, de la qualité des sols et de l’ampleur de la sécheresse.

A cause de cette situation topographique et naturelle, l’Homme dans les oasis a mis en place des formes d’organisation sociale, politique, économique, tribale et de gestion territoriale en adéquation avec ces spécificités, dont des modes économiques fondés essentiellement sur l’agriculture de subsistance traditionnelle, un système d’habitat collectif sous forme de ksours caractérisés par la construction de maisons collées les unes aux autres et entourées souvent de remparts pour se prémunir des attaques des ennemis.

Partant de son interaction avec son environnement, l’Homme établi dans les oasis a aussi instauré plusieurs us et coutumes pour réglementer sa vie religieuse, ses rapports sociaux, économiques et politiques ainsi que la gestion de l’espace, a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, les oasis, eu égard à leur positionnement dans la région saharienne, ont constitué des traits d’union entre le Royaume et l’Afrique, surtout sur les plans commercial, religieux et politique, et ont joué un rôle considérable dans les échanges culturels entre le Maroc et le Soudan occidental, a expliqué M. Tahiri.

Et d’ajouter que les oasis représentaient un lieu de transit pour le commerce transsaharien, vu leur grande importance au niveau des axes commerciaux reliant le Royaume aux pays de l’Afrique subsaharienne.

Il a aussi souligné que les oasis ont été des espaces pour la prolifération des courants religieux marocains en Afrique, ajoutant que ces oasis ont joué de grands rôles tout au long de l’Histoire du Royaume.

A la faveur de leur situation géographique et de la richesse de leur patrimoine historique séculaire, les oasis ont constitué un espace d’interaction culturelle et de sédentarisation de diverses communautés humaines, a-t-il noté.

M. Tahiri a fait remarquer que les oasis ont représenté des lieux de rayonnement religieux grâce aux innombrables zaouias, mosquées, medersas, bibliothèques et aux oulémas qui en sont issus et qui ont laissé de nombreux ouvrages scientifiques et religieux, dont plusieurs sont encore préservés.

Le professeur universitaire a, d’autre part, souligné la nécessité de redoubler d’efforts pour la réalisation de la justice spatiale et la consécration de la solidarité entre les différents territoires marocains dans le cadre de la régionalisation avancée, le désenclavement des oasis et la gestion de leurs ressources hydriques, outre la mise à niveau des systèmes d’irrigation traditionnelle tels que les « Khettaras » pour assurer les ressources hydrauliques nécessaires à l’agriculture.

Il a aussi appelé au développement et au soutien des activités économiques oasiennes pour englober des activités non agricoles, notamment le secteur touristique et l’artisanat, à l’appui des associations locales et à la valorisation du patrimoine oasien matériel et immatériel pour contribuer au développement des oasis.

M. Tahiri a, par ailleurs, relevé l’impératif de la mise en valeur et de la réhabilitation du patrimoine architectural oasien, notamment les ksours et kasbahs, pour en faire des sites et des monuments culturels à grande valeur artistique et historique, tout en plaidant pour la promotion du secteur touristique à travers la réalisation des infrastructures nécessaires pour le développement du tourisme culturel et écologique.

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