En vedetteZakia Khattabi, la conscience verte de la politique belge

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portrait de Mme Zakia coprésidente à Bruxelles - Ecology
04 Mar

Zakia Khattabi, la conscience verte de la politique belge

Bruxelles – Si l’écologie politique a un visage en Belgique, Zakia Khattabi en est certainement un. A quarante-deux ans, la Belgo-marocaine est aux commandes de l’une des principales formations vertes du plat pays. La coprésidente d’Ecolo est même la seule femme élue à la tête d’un parti tout court dans le paysage politique francophone belge. Celle qui a voté Ecolo dès l’âge de 18 ans ne prétend pas avoir rêvé un jour de faire la politique ni d’être cheffe de parti. Son rêve était plutôt de « changer le monde ».

« Pour y parvenir, il y a plein de moyens, voire différents leviers. Et être à un moment donné à la tête d’une formation politique et donc à la manœuvre, en est un », assure-t-elle dans un entretien accordé à la MAP.

Rien ne prédestinait pour autant cette militante féministe à cette haute responsabilité politique. Elle qui avait fait plutôt un parcours académique, dans la recherche. Du moins jusqu’à ce qu’elle se rende compte que « la militance avait des limites et qu’il fallait passer de l’autre côté pour faire bouger les choses ».

Zakia Khattabi s’identifie parfaitement dans les valeurs portées par Ecolo. En tête de ces valeurs, l’émancipation des individus et leur autonomie, « indépendamment de leur mode de production ou de consommation », sont autant de questions fondamentales aux yeux de la désormais figue féminine emblématique des écologistes belges.

« C’est ça l’écologie politique. Tout le monde pense à l’enjeu environnemental quand on parle des écologistes, moi j’ajouterai cette dimension profondément émancipatrice », aime-t-elle corriger à tous ceux qui font la confusion.

Comme au moment de son premier vote, lorsqu’arriva pour elle le temps de s’engager dans l’action politique, porter les couleurs de l’écologie politique va très vite s’avérer une évidence pour cette fille d’immigrés, issue d’un milieu populaire. Ce background aurait pu la conduire à opter pour le socialisme, mais ce n’est pas là qu’elle pensait pouvoir s’y retrouver. « C’est vrai que le socialisme a apporté beaucoup de choses aux classes populaires, notamment une protection. Mais pour moi ça ne suffisait pas. J’étais à la recherche d’un projet politique émancipateur. C’est bien de protéger mais ça ne suffit pas », explique-t-elle.

L’enjeu d’assurer « l’autonomie et la dignité des personnes » est dès lors placé au cœur de son engagement au sein de la formation qu’elle copréside avec Patrick Dupriez.

Zakia Khattabi est consciente de la rapidité du parcours qui l’a propulsée dès 2015 à l’un des plus hauts postes de responsabilité politique en Belgique. La Belgo-marocaine a exercé son premier mandat d’élue en tant que membre du Sénat (chef de groupe) de 2009 à 2014, date à laquelle elle troqua son siège de sénatrice contre un autre non moins important à la Chambre (des représentants). Elle n’y a siégé qu’un an car elle devait démissionner une fois élue à la présidence d’Ecolo, le règlement intérieur du parti ne permettant pas le cumul des mandats.

Même avec cette ascension aussi fulgurante qu’impressionnante dans l’arène politique belge, Zakia préfère se présenter comme « femme engagée » et non comme « femme politique ». La raison ? C’est que faire de la politique est « de nos jours connoté très négativement alors qu’on oublie que c’est d’abord un engagement », regrette-t-elle.

Bien que ce ne soit pas vraiment son cas, Zakia Khattabi estime que le fait d’être femme reste en général un handicap pour l’accès aux postes de responsabilité en Belgique. Une difficulté que son parti a su surmonter en interne en confiant à deux personnes -un homme et une femme- la co-présidence « pour éviter d’abord la concentration de pouvoirs mais aussi pour assurer une parité dans la gestion de ce pouvoir ».

Pour ce qui la concerne, son statut de femme qui pouvait a priori la désavantager dans le débat public, la finalement bien servie. Cela a fait d’elle une coqueluche des médias, tellement il y a peu de figures féminines influentes sur la scène politique belge. Ceci a donné davantage de visibilité non seulement à Zakia mais aussi à son parti. Et c’est en féministe fervente qu’elle se dit fière d’en être la porte-parole et d’y incarner l’exemple d’une femme issue de l’immigration qui a su accéder à l’un des plus hauts postes de responsabilité politique en Belgique.

« Je reste très attachée à ce que les filles puissent s’identifier à des figures dans tous les métiers », relève-t-elle.

Son chemin n’était pas, néanmoins, sans embûches. La plus grande difficulté était sans doute, à ses yeux, le fait qu’elle n’a pas grandi dans un milieu politique.

« Je n’avais pas de réseaux dans le milieu politique. Il a fallu construire tout ça en étant dedans. Mais en même temps cela me laissait une très grande liberté, que ce soit de parole ou de positionnement. Donc ce qui devait être une difficulté j’ai réussi à en faire une force », confie-t-elle sur un ton de satisfaction.

Le fait qu’elle soit issue de l’immigration, Zakia en a fait aussi un atout. Dans un contexte de repli, l’autre ne lui fait pas peur. « Je n’ai aucune difficulté à entrer dans toutes les communautés, je me sens chez moi ici », rétorque-t-elle.

N’empêche que lorsqu’elle prend parfois la parole sur certains dossiers, il lui arrive de se voir taxée de « communautarisme ». Cela ne saurait la démotiver toutefois. « Dans le climat ambiant, c’est vrai qu’on devient suspect mais tous les jours je me rappelle que des milliers de militants ont choisi de s’identifier à moi comme porte-parole de notre parti politique et ça reste très positif et porteur d’espoir pour l’avenir », se réjouit-elle.

A la tête d’un parti « généraliste », Zakia Khattabi écarte tout risque de se voir cantonnée à certaines questions liées à sa double appartenance. A ceux qui en doutent, il suffit de leur rappeler son parcours académique riche orienté vers la recherche. Avant son entrée en politique, elle était « programme manager » à la politique scientifique fédérale. Ses dossiers de prédilections étaient alors l’évaluation des politiques publiques et la démocratisation de l’enseignement supérieur. En tant que féministe, elle s’intéressait aussi aux questions d’égalité et de lutte contre les discriminations, des sujets qui sont d’ailleurs toujours au centre de ses préoccupations.

Quand elle parle de ses liens avec son pays d’origine, le Maroc, Zakia Khattabi évoque « un attachement très intime », resté jusqu’à présent dans « la sphère familiale privée ». Elle y retourne régulièrement, mais de plus en plus, elle avoue ressentir l’envie d’entrer en contact avec des associations ou des réseaux de femmes marocaines pour travailler notamment sur la question de la participation politique féminine. Elle a déjà quelques projets en tête dans ce sens…

Satisfaite de son parcours ? Zakia se dira « surtout fière du parcours de ses parents » qui ont fait d’elle la femme « comblée » qu’elle est aujourd’hui.

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