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19 Mai

Abeilles: six questions à un entomologiste

Propos recueillis par Soumia AL ARKOUBI

Rabat – A l’occasion de la journée internationale des abeilles, célébrée le 20 mai, Ahmed Taheri, entomologiste, répond aux questions de la MAP sur les classifications de cet insecte et décrit certains aspects de la taxonomie, la biologie et l’écologie des abeilles domestiquées au Maroc.

1. Les abeilles vivent-elles toutes dans des ruches ? Produisent-elles toutes du miel?

Non, des plus de 20.000 espèces d’abeilles qui sont répertoriées sur notre planète, la majorité ne fabriquent pas de miel et ne vivent pas dans des ruches. Ces espèces d’abeilles solitaires sont dites sauvages. Elles construisent généralement leurs nids d’une manière individuelle, n’ont pas de reines et travaillent seules, contrairement aux espèces sociales dont le travail est bien partagé et coordonné.

2. Classez-vous alors les abeilles en abeilles solitaires et abeilles sociales ?

Oui, c’est l’une des classifications possibles. Mais, nous pouvons aussi parler d’abeilles domestiques (les abeilles mellifères d’élevage, Apis mellifera par exemple) et d’abeilles sauvages (non domestiquées). On parle également d’abeilles indigènes autochtones et d’abeilles exotiques introduites. Tout dépend de notre champ d’intérêt.

3. Pouvez-vous nous décrire quelques aspects de la taxonomie, la biologie et l’écologie des abeilles domestiquées au Maroc ?

Trois sous-espèces de l’abeille domestique Apis mellifera sont connues au Maroc. Elles se distinguent par leur couleur et leur répartition géographique: Apis mellifira intermissa et Apis mellifera major de couleur noire sont de répartition plus large au nord et au centre du Maroc, et Apis mellifera sahariensis de couleur jaune d’or. Cette dernière est la moins dominante et se localise au sud de l’Atlas. Elle est connue par sa douceur et son adaptation aux conditions arides.

En ce qui concerne leur vie sociale, la ruche est constituée d’une reine, des ouvrières et des faux-bourdons et aucun individu ne peut vivre seul. Chaque caste a une morphologie différente et assure une tâche particulière. La cohérence sociale est assurée par l’émission de phéromones (signaux chimiques sécrétés par les abeilles). La reine est le seul individu fécondé dans la ruche. Elle se charge de la ponte des œufs et vit 4 à 5 ans. Les ouvrières assurent les différentes tâches essentielles au maintien de la colonie : elles récoltent du nectar, du pollen et de la propolis, entretiennent la ruche, régulent sa température, la défendent, nourrissent et élèvent les larves et produisent de la cire, le miel et la gelée royale. Leur durée de vie est de presque un mois. Quant aux mâles, ils ont un seul rôle connu, c’est de féconder la reine. Leur accouplement se produit au cours du vol nuptial. La reine fécondée est accompagnée d’ouvrières de tous les âges, retourne dans une ruche, s’installe au centre d’un rayon et commence à déposer un œuf dans chaque alvéole en suivant un mouvement circulaire du centre vers la périphérie.

4. Les abeilles « indigènes » et celles exotiques peuvent-elles coexister dans le même abri? Quel intérêt d’introduire ces dernières (exotiques)?

En général, les espèces exotiques envahissantes nuisent à la biodiversité indigène moins connue et plus sensible, et les abeilles introduites n’échappent pas à la règle. Elles peuvent menacer les autres espèces pollinisatrices sauvages par la compétition alimentaire, la transmission de maladies, le brassage génétique et altérer la relation naturelle qui existe entre les pollinisateurs indigènes et leurs plantes cibles.

5. Les abeilles sont-elles en cours de disparition ?

Les abeilles ont environ un million d’années d’existence, mais leur nombre a été réduit de moitié par rapport à ce qu’elles étaient dans les années 1940. Elles, et bien d’autres espèces pollinisatrices, sont aujourd’hui fortement menacées partout dans le monde. Elles sont confrontées à une véritable crise écologique traduite par une baisse considérable de leurs populations. Malheureusement, leur taux d’extinction est de 100 à 1.000 fois plus élevé que la normale!

6. Il y a des rapports et études sur le déclin des abeilles dans le monde. Certains scénarios « apocalyptiques » associent la fin du monde à la fin des abeilles. Est-ce vrai?

Effectivement, il s’agit d’un phénomène global connu sous le nom de « syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles ». C’est en fait un ensemble de causes qui provoquent et accélèrent la disparition des colonies d’abeilles comme les microbes, les pesticides, les pratiques apicoles, la pollution, le changement climatique, etc. Alors, si les abeilles disparaissaient, certainement les conséquences seraient énormes et ça pourrait avoir des conséquences désastreuses sur les plans économique, social et environnemental, mais loin de mettre fin au monde, à mon avis! Les scientifiques prévoient une augmentation de mortalité et de graves modifications alimentaires.

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