ActualitésQuatre questions à Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau

Actualités

22 Jan

Quatre questions à Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau

Rabat – Les bassins comme ceux de la Moulouya, de l’Oum Er Rbia et du Tensift souffrent de problèmes liés à la raréfaction de l’eau et à l’épuisement des réserves des barrages y afférents.

Face à cette situation, le ministère de l’Equipement et de l’Eau a pris un ensemble de mesures urgentes qui ambitionnent de garantir l’approvisionnement en eau potable dans les différentes régions relevant de ces bassins hydrauliques avec une enveloppe globale de 2,42 milliards de dirhams (MMDH).

Dans une interview accordée à la MAP, le ministre de l’Equipement et de l’Eau, Nizar Baraka revient sur les divers programmes et projets adoptés par le Maroc pour faire face à la rareté de l’eau et livre des détails sur le plan d’urgence, lancé récemment, pour assurer l’approvisionnement en eau potable dans les bassins concernés.

Aussi, M. Baraka fait un état des lieux des activités de dessalement de l’eau et met en avant les atouts du Maroc en la matière.

1- Le Maroc a multiplié les actions ces dernières années pour faire face à la rareté des ressources hydriques. Quels sont les principaux projets envisagés par votre département pour améliorer l’accès en eau dans les différentes régions du Royaume ?

SM le Roi Mohammed VI accorde une grande priorité au domaine de l’eau. Dans ce cadre, plusieurs programmes ont été mis en place avec pour objectif fondamental de mobiliser l’eau à travers la construction de barrages qui revêtent une importance primordiale pour le Royaume. A ce jour, le Maroc dispose de 148 barrages.

En outre, plusieurs efforts ont été déployés pour améliorer l’accès à l’eau pour la population, notamment dans les zones rurales et montagneuses. Près de 98% de ces zones sont couverts de canaux d’approvisionnement en eau, alors que 40% de la population du milieu rural dispose d’un raccordement à l’eau contre 100% en milieu urbain.

Par ailleurs, moult projets ont été mis en place pour faire face aux effets des changements climatiques. Dans ce sens, le Souverain a donné le coup d’envoi, récemment, au Programme National pour l’Approvisionnement en Eau Potable et l’Irrigation 2020-2027 avec un coût global de 115 MMDH. Ce programme vise essentiellement à assurer, d’une part, l’approvisionnement en eau potable au profit des citoyens et, d’autre part, les eaux destinées à l’irrigation dans le secteur agricole.

En outre, il a été procédé à la publication de la loi sur l’eau qui repose sur des principes fondamentaux garantissant notamment le droit à l’eau pour tous. Il s’agit également du lancement, en 2009, de la stratégie nationale de l’eau avec pour objectif de faire face à deux années successives de sécheresse, assurer l’accès à l’eau à l’ensemble des citoyens, parer à la pression exercée sur les provinces, garantir l’approvisionnement en cette denrée vitale pour l’ensemble des secteurs notamment l’agriculture, l’industrie et le tourisme, oeuvrer à l’amélioration de la qualité de l’eau et l’alimentation de la nappe phréatique en vue d’affronter les différents problèmes liés au changement climatique.

Il est à rappeler que cette année est marquée par le recul de 59% des ressources hydriques. Le taux de remplissage des barrages a atteint actuellement seulement 34% avec 5,3 milliards m3, alors que la capacité des barrages dépassent les 19 milliards m3. Selon la logique du dérèglement climatique, il y aura lieu des années de sécheresse et d’autres d’inondations, ce qui nécessite la protection de plusieurs zones.

En revanche, l’évaluation que nous avons faite a démontré une problématique dans le rythme de réalisation de la stratégie nationale de l’eau. A cet effet, SM le Roi Mohammed VI s’est orienté vers la mise en place d’un programme de rattrapage en vue de relever ces défis dans l’avenir.

2- Vous venez d’annoncer un programme d’urgence de près de 3 milliards de dirhams pour résoudre la problématique de la rareté des ressources hydriques. Pouvez-vous donner plus de détails sur ce nouveau programme ?

Effectivement, il s’est avéré qu’en dépit des efforts fournis et du Programme National pour l’Approvisionnement en Eau Potable et l’Irrigation 2020-2027, certains bassins souffrent d’un déficit hydrique, dont le bassin de la Moulouya (Oujda et l’Oriental). En effet, le taux de remplissage des barrages de celui-ci ne dépasse pas les 11%, ce qui affecte négativement la population de ces régions.

Cette situation est due d’une part aux changements climatiques et à la baisse des précipitations et, d’autre part, au retard dans la mise en œuvre de la stratégie nationale de l’eau. Ainsi, une station de dessalement de l’eau à Saidia devait être achevée fin 2018, en vue de garantir l’approvisionnement en eau pour la population de Nador, Driouch et Saidia.

Afin de faire face à ce déficit hydrique, un programme a été mis en place pour le bassin de la Moulouya. D’une enveloppe de 1,3 MMDH, ce programme vise à mobiliser l’ensemble des moyens hydriques possibles, à travers notamment la prospection de nouvelles eaux souterraines ou encore le lancement d’un programme de dessalement de l’eau à Nador.

Il a été également procédé, dans ce cadre, à la mise en place de nouveaux barrages collinaires pour le bassin de la Moulouya, ainsi que la réalisation dans le futur de 11 barrages collinaires.

Le bassin de Tensift connait également un déficit en eau avec un taux de remplissage de 34%. A cet égard, la ville de Marrakech souffre elle aussi d’une problématique de l’eau ce qui a nécessité la mobilisation de 20 millions m3 depuis un barrage en vue de garantir l’approvisionnement en eau pour cette ville. En outre, des efforts ont été déployés pour résoudre le problème de « vol de l’eau » de la région et celui du rendement des canaux d’eau qui enregistraient des pertes allant de 40% à 60%.

Aussi, il s’agit du lancement dans les semaines à venir du grand projet de dessalement de l’eau à Casablanca de 300 millions m3. La liaison de Casablanca nord à Casablanca sud a contribué à réduire la pression sur le barrage d’El Massira, alors que pour le bassin de Bouregreg, il y aura recours au barrage de Sidi Mohammed Ben Abdallah.

Par ailleurs, il sera procédé à la réalisation de barrages collinaires dans le bassin d’Oum Er Rbia, outre la garantie d’une gestion intégrée de l’eau pour la nappe phréatique dans la région de Berrechid ainsi que la conclusion de contrats dans cette zone agricole importante pour satisfaire les besoins en eau mais pas au détriment de l’eau potable.

Outre ces programmes à caractère urgent, cette année connaitra le lancement d’un programme composé de 120 barrages collinaires et qui devra prendre fin en 2024. Les barrages collinaires jouent un rôle important dans la lutte contre les inondations outre la garantie de l’eau pour le bétail et l’alimentation de la nappe phréatique.

Dans ce sens, la nappe phréatique connait une exploitation excessive et la ville de Berrechid à elle seule connait l’épuisement de 2 m3 de la nappe phréatique annuellement, et la région d’Al Houz avec 1,5 m3. Il est nécessaire de faire face à cette réelle problématique de manière rationnelle basée sur la gestion intégrée de l’eau ainsi que l’usage responsable de l’eau et la gestion de la demande.

3- Quel bilan dressez-vous des programmes et projets de dessalement de l’eau dans les différentes régions du Royaume ?

Il est question actuellement, à travers la nouvelle stratégie du ministère de l’Equipement et de l’Eau, de s’atteler sur le dessalement de l’eau. A cet effet, le Maroc jouit de deux façades maritimes et a accumulé des acquis importants dans le domaine des énergies renouvelables, aussi bien solaires que éoliennes, qui seront à même de garantir le dessalement de l’eau à moindre coût.

Il y a eu le lancement d’importantes stations dans les régions du Sud (Laâyoune et Sidi Ifni), et la nouvelle expérience, dans le cadre d’un partenariat public-privé dans la région de Chtouka Ait Baha, est de nature à garantir l’approvisionnement en eau potable au niveau d’Agadir et d’appuyer le secteur agricole à travers l’irrigation de plusieurs hectares de terrains agricoles.

Il sera également procédé au lancement du projet de Dakhla à travers l’exploitation de l’énergie éolienne pour le dessalement de l’eau, ce qui permettra d’assurer l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation de grandes superficies agricoles sans avoir recours à la nappe phréatique. Ainsi, le niveau actuel de la nappe phréatique sera maintenu au moment que l’usage de l’eau dans le secteur agricole sera garanti ce qui contribuera à l’amélioration des revenus des petits et moyens agriculteurs dans ces régions.

En effet, l’ensemble des villes touristiques s’orientent vers ce procédé à l’instar de la ville de Casablanca qui a vu cette année le lancement de son projet en la matière. En effet, Il sera procédé au dessalement de l’eau, dans cette ville, à l’horizon 2026-2027, ainsi qu’à Safi (2025) et à Nador. Dans ce cadre, le ministère ambitionne de mettre en place un total de 20 stations de dessalement de l’eau.

4- Quelle stratégie de l’eau préconisez-vous pour les années à venir, à la lumière des recommandations du nouveau modèle de développement ?

Le Nouveau modèle de développement a soulevé la problématique de l’eau, en soulignant que le Maroc fera face à une grande pression à cause du dérèglement climatique. La transition est faite aujourd’hui de la phase de carence en eau à la phase de la rareté de l’eau. Il existe également de grandes disparités dans ce domaine. Nous citons à ce titre les régions du Loukkos où chaque citoyen dispose d’environ 600 à 700 m3/an, alors que cette moyenne ne dépasse pas les 100 m3/an dans les régions du sud.

Il est à souligner également le problème des précipitations qui se concentrent principalement sur 7% de la superficie globale du pays, ce qui nécessite de fournir davantage d’efforts.

Pour relever ces défis, des efforts de mobilisation des eaux depuis les barrages sont déployés, à l’instar du lancement d’un grand programme ayant permis la réalisation de 11 barrages, alors que l’objectif tracé est de réaliser 20 barrages à horizon 2027. Le ministère oeuvre également au dessalement des eaux en vue de mobiliser les ressources hydriques possibles, et veille aussi à exploiter les eaux usées après leur traitement. Seulement 58 millions m3 de ces eaux sont exploitées actuellement, alors qu’il était prévu, d’après la stratégie nationale de l’eau, d’atteindre 300 millions m3.

Nous relevons un autre point fondamental relatif à l’efficience hydrique, qui demeure liée à la problématique des canaux et les pertes enregistrées à leur niveau. Il est aussi nécessaire de gérer la demande en eau, à la lumière de la pression exercée sur les ressources hydriques dans le secteur agricole.

La dimension de l’efficience hydrique doit également être intégrée dans la vision future des villes. Des rencontres avec les départements concernés (agriculture, habitat, urbanisme, transition énergétique et développement durable) ont été tenues avec pour objectif de créer des groupes de travail « communs » pour maitriser ces points, assurer la durabilité de l’eau pour les citoyens et les activités économiques et valoriser l’usage de l’eau.

En outre, des campagnes de sensibilisation au profit des citoyens quant à l’importance de la consommation rationnelle de l’eau seront organisées.

Il est également essentiel de préserver la nappe phréatique et de l’alimenter en vue de l’utiliser dans le futur dans le cas d’une éventuelle succession des années de sécheresse.

Enfin, il est temps d’opter pour une gestion intégrée de l’eau aussi bien auprès des producteurs que des consommateurs de cette denrée vitale. La gestion intégrée de l’eau est à même d’assurer un usage plus efficace, plus efficient et plus rentable, ce qui garantira, à moindre coût, l’eau potable à l’ensemble des citoyens, ainsi que l’eau dédiée à l’irrigation et à l’ensemble des activités économiques.

Voir Aussi