ActualitésLa vie sauvage, la grande perdante de la guerre de l’immobilier (ONU environnement)

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08 Mai

La vie sauvage, la grande perdante de la guerre de l’immobilier (ONU environnement)

Nairobi-Jour après jour, la vie sauvage dispose de moins en moins d’espace sur Terre et se voit désormais la plus grande perdante de la guerre de l’immobilier avec les êtres humains, a déploré Joyce Msuya, directrice exécutive par intérim d’ONU Environnement et sous-secrétaire générale des Nations Unies.

« L’expansion des villes et des terres agricoles, la dégradation des écosystèmes et les changements climatiques poussent les espèces sauvages en dehors de leurs habitats naturels vers des zones fragmentées de plus en plus petites. La perte d’habitat, qu’elle soit causée directement ou indirectement par les êtres humains, constitue la plus grande menace pour la vie sur Terre », a averti Mme Msuya dans une tribune transmise mercredi à la MAP.

La directrice exécutive par intérim d’ONU Environnement a tenu à rappeler que l’espèce humaine a éliminé 60 pc de la faune sauvage au cours des 40 dernières années alors que plus d’un million d’espèces sont menacées d’extinction, ajoutant que peu de progrès ont été accomplis en dépit des efforts de conservation pour mettre fin à cette crise, y compris les investissements dans les campagnes de sensibilisation du public pour réduire la demande en espèces sauvages et les nouveaux engagements financiers visant à la protection des espèces menacées.

« Nous devons réexaminer nos approches actuelles en matière de conservation afin de centrer notre attention sur le principal facteur responsable de la perte de populations d’espèces sauvages saines, à savoir la perte de leurs habitats », a-t-elle préconisé.

La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a publié lundi dernier un rapport alarmant sur les conséquences de l’activité des êtres humains sur la nature. Dans le monde entier, la biodiversité recule à un rythme sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Les trois quarts de l’environnement terrestre ont été gravement altérés par les actions humaines. Fait important, ces tendances sont moins sévères dans les zones gérées ou appartenant aux peuples autochtones et aux communautés locales, a-t-elle relevé.

L’agriculture et la production alimentaire sont un facteur majeur de la conversion de l’habitat naturel en terres agricoles. Le bétail, principalement constitué de bovins et de porcs, représente 60% de tous les mammifères de la planète. Il y a cent cinquante ans de cela, la situation était complètement différente : les zones terrestres étaient dominées par les animaux sauvages et les forêts.

Une grande partie de l’expansion des terres agricoles est destinée à la production de viande, souligne le rapport IPBES, qui relève que l’élevage occupe près de 80% des terres agricoles mondiales alors qu’il assure la production de moins de 20% des calories mondiales.

« En modifiant radicalement et rapidement la manière dont nous produisons et consommons nos aliments, il est possible de minimiser les effets de la crise actuelle à laquelle la vie sauvage est confrontée », a soutenu Mme Msuya, en soulignant que la production alimentaire ne peut se faire au détriment d’autres espèces et espaces naturels.

« Cette voie mènera à notre propre disparition. Pour parvenir à un équilibre, il faut adopter des sources durables de protéines, augmenter la productivité de la petite agriculture et réorienter les subventions agricoles néfastes », a-t-elle noté.

Une transition vers des sources durables de protéines promet de porter ses fruits. Ces protéines pourraient être d’origine végétale, issues de la volaille ou des pêcheries durables, a-t-elle avancé, ajoutant que le bœuf restera sans doute une option protéinée. « Mais si nous souhaitons préserver les habitats, nous devons réduire notre dépendance. Et pour cause, le bœuf représente 24% de la consommation mondiale de viande, mais nécessite 30 millions de kilomètres carrés de terres pour sa production, des surfaces de terres beaucoup plus importantes que d’autres sources de protéines », a tenu à souligner Mme Msuya.

Elle a, par ailleurs fait remarquer, qu’en Afrique, les rendements agricoles actuels des petits exploitants demeurent plusieurs fois inférieurs en moyenne à ceux des autres régions. Pour combler l’écart de rendement, les petits exploitants envahissent les terres des espèces sauvages, provoquant des conflits et fragmentant les habitats.

Pour Mme Msuya, l’agriculture industrialisée, caractérisée par la monoculture à grande échelle, l’utilisation intensive d’engrais chimiques et de pesticides ainsi que la production de viande, masque le coût réel de notre alimentation. « Nous encourageons les pratiques néfastes aux habitats naturels et aux services écosystémiques qu’ils fournissent. Cela doit changer », s’est-elle insurgé.

« Nous disposons d’une fenêtre d’opportunité pour changer nos modes de vie et mieux protéger les écosystèmes, il est de notre responsabilité de le faire dès maintenant. La volonté politique est nécessaire pour y parvenir. Nos efforts pour sauvegarder les espèces d’oiseaux chanteurs, les pangolins, les éléphants et d’autres espèces sauvages menacées ainsi que notre propre sort seront uniquement couronnés de succès si nous rejetons les choix qui détruisent les habitats », a soutenu Mme Msuya, qui dispose de plus de 20 ans d’expérience dans les domaines du développement international, de la stratégie, de la gestion des connaissances et des partenariats.

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